Ashes of Creation : L’effondrement

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Ashes of Creation, le MMORPG ambitieux qui avait levé 3,27 millions de dollars sur Kickstarter en 2017, traverse actuellement une crise d’une ampleur catastrophique. Moins de deux mois après son lancement en Early Access sur Steam (décembre 2025), le studio Intrepid Studios s’effondre complètement, avec la démission du directeur créatif Steven Sharif et une fermeture imminente annoncée.

La démission en protestation de Steven Sharif

Le 31 janvier 2026, Steven Sharif, fondateur et directeur créatif du projet, a démissionné en protestation. Dans un message publié sur Discord, il a expliqué : « Le contrôle de l’entreprise s’est éloigné de moi, et le Conseil d’administration a commencé à diriger des actions que je ne pouvais pas accepter éthiquement. En conséquence, j’ai choisi de démissionner en protestation plutôt que de prêter mon nom ou mon autorité à des décisions que je ne pouvais pas éthiquement soutenir. » Cette déclaration laisse transparaître un désaccord fondamental avec la direction du conseil sur les orientations créatives du jeu, mais Sharif n’a pas pu dévoiler les détails en raison de problèmes juridiques en cours.

La cascade des démissions

La résignation de Sharif a déclenché une réaction en chaîne. Peu de temps après, la directrice des communications, Margaret Krohn, a annoncé son départ via LinkedIn. Plusieurs autres membres de l’équipe de direction senior ont suivi, plongeant le studio dans le chaos. Des artistes environnementaux et des sound designers ont également confirmé sur LinkedIn la fermeture complète du studio.

Ce qui a réellement scellé le sort d’Intrepid Studios, c’est l’émission d’avis WARN Act par le conseil d’administration à la fin du mois de janvier. Ces lettres officielles, envoyées par courrier prioritaire, annonçaient que le studio ne pouvait pas honorer ses salaires et que la fermeture était imminente, le 2 février 2026. Le timing est dévastateur : l’accès anticipé venait tout juste d’être lancé sur Steam quand ces notices ont été envoyées.

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Il est important de noter que les problèmes n’ont pas surgi du jour au lendemain. Le 23 janvier, Intrepid avait déjà annoncé la suppression de 9 postes parmi environ 250 employés, que Sharif avait qualifiée d’« ajustement ciblé ». Cette annonce avait déjà semé le doute, notamment chez les observateurs de l’industrie qui se demandaient si le studio avait vraiment les ressources financières pour accomplir sa mission.

L’ironie du timing

Ce qui rend la situation particulièrement amère, c’est que Ashes of Creation a été lancé en Early Access sur Steam en décembre 2025, juste avant cet effondrement. Certains théorisent que le lancement prématuré aurait pu être une tentative désespérée de générer des revenus supplémentaires pour stabiliser le studio, une stratégie qui a apparemment échoué…. Avec un coût de développement estimé à plus de 150 millions de dollars sur une décennie, le projet s’est avéré financièrement insoutenable.

Quel avenir pour le jeu ?

À ce jour, le destin d’Ashes of Creation reste extrêmement incertain. Le site officiel affiche toujours une lettre adressée « À la communauté d’Ashes of Creation », signée par « The Ashes of Creation Team » et non par Sharif, promettant une mise à jour développement prévue pour le 13 février via Twitch. Cependant, avec la fermeture complète du studio confirmée par les posts LinkedIn des employés, il est peu probable que cette présentation ait lieu.

Parmi les scénarios envisagés : une vente des actifs (code source, serveurs, propriété intellectuelle) à des créanciers ou un tiers, une reprise par une compagnie chinoise, une réduction drastique du projet en version gratuite, ou tout simplement l’abandon définitif. La communauté, qui s’était construite autour de la vision unique de Sharif pendant 9 ans, doit maintenant accepter que le rêve puisse être terminé.

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L’effondrement d’Intrepid Studios ne manquera pas de relancer les débats sur la faisabilité des jeux financés par crowdfunding et l’équilibre des pouvoirs entre visionnaires créatifs et conseils d’administration. Pour les quelque 19 000 contributeurs Kickstarter qui ont investi dans ce projet, c’est une conclusion extrêmement décevante.

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