The Run

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Graphisme8
Animation7.5
Gameplay8
Bande-Son8.5
Intérêt8.5
8.1

Si vous pensiez que votre séance de cardio du dimanche était une torture, attendez de voir ce que Paul Raschid nous a réservé avec The Run. Le papa du FMV moderne (The Complex, Five Dates) revient avec un thriller horrifique qui nous emmène transpirer sur les sentiers italiens.

Un échauffement signé Paul Raschid

Derrière ce titre se cache PRM Games et Benacus Entertainment, mais c’est surtout la patte de Paul Raschid qui attire notre attention. Ce réalisateur britannique s’est imposé comme une référence du film interactif ces dernières années. Pour la petite histoire, le jeu a été tourné en décors réels sur les rives du lac de Garde en Italie, un cadre idyllique qui contraste violemment avec l’horreur proposée. Anecdote croustillante pour les cinéphiles : le casting inclut non seulement Roxanne McKee (Game of Thrones) et George Blagden (Vikings), mais offre aussi une apparition du légendaire Dario Argento, le maître du Giallo (Le Giallo est un genre à la frontière du cinéma policier, du cinéma d’horreur et de l’érotisme, qui connait son heure de gloire dans les années 1960 à 1980 en Italie.). On sent que le projet a de l’ambition et ne se contente pas d’être une série Z interactive, même si le genre FMV traîne souvent cette réputation, comme ce fut le cas avec Night trap pour en citer un.

Une course de fond qui tourne court

L’histoire nous met dans la peau et les baskets de Zanna Hendricks, une influenceuse fitness célèbre qui décide de s’offrir un run matinal dans un coin reculé d’Italie. Ce qui devait être une séance vlogging routinière pour ses followers bascule quand elle croise la route de tueurs masqués. Le pitch est classique, voire cliché, rendant hommage aux slashers des années 80-90.

Si le scénario ne brille pas par son originalité fondamentale, il a le mérite d’être efficace et rythmé. L’écriture parvient à maintenir une tension palpable, bien aidée par le jeu convaincant de Roxanne McKee qui porte littéralement le film sur ses épaules. Cependant, on n’échappe pas à quelques facilités scénaristiques inhérentes au genre : pourquoi les personnages prennent-ils parfois des décisions aussi absurdes si on ne les aide pas ? C’est là que notre intervention prend tout son sens. On apprécie les multiples embranchements qui offrent de vraies variations, avec pas moins de 5 fins distinctes et une vingtaine de morts uniques à découvrir réparties sur plus de 230 scènes au total.

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Un sprint décisionnel

The Run ne se lance pas pour son gameplay évidemment vu qu’il n’y en a pas, mais pour ses choix. Le titre propose une mécanique familière de temps limité pour prendre des décisions cruciales (fuir à gauche, se cacher, attaquer). J’ai apprécié la fonction de suivi des choix et la carte Narrative qui se débloque au fil des parties. Cela permet de pouvoir recommencer une partie et savoir où changer de choix pour découvrir les nouveaux embrochements.

L’interface est minimaliste au possible et ne gêne aucunement l’immersion des scènes. Comptez environ 50-60 minutes pour voir le bout de l’histoire une première fois. C’est court mais compensé par la rejouabilité grâce aux morts variées qui sont parfois assez créatives et sanglantes. On regrette parfois que certains choix semblent illusoires, ramenant le joueur sur des rails préétablis un peu trop visibles, un défaut récurrent du genre que The Run n’esquive pas totalement.

Une fois notre première partie terminée, le jeu nous proposera de passer les scènes déjà vues pour plus facilement accéder aux choix qu’il nous reste à découvrir. Il est aussi possible de jouer sans chronomètre pour les choix afin de profiter en groupe de façon plus sereine, et je vous conseille de le faire ainsi, c’est plus amusant de se « disputer » pour quel choix faire.

Des décors à couper le souffle…..et la gorge

La production se situe un bon cran au-dessus des standards habituels du FMV. Les panoramas du lac de Garde sont magnifiques et la cinématographie profite d’une lumière naturelle qui flatte la rétine. L’image est nette, et sur un moniteur de qualité, on a vraiment la sensation d’être devant un thriller soigné.​

Cependant, il y a un point technique assez incompréhensible pour du jeu vidéo pré-enregistré qui m’a gêné, les cinématiques ont une fâcheuse tendance à saccader. C’est étrange, car on ne demande pas ici à notre carte graphique de calculer des rendus en temps réel, mais simplement de lire un flux vidéo.

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Ces micro-saccades surviennent de façon irrégulière et viennent gâcher l’expérience, un comble pour un jeu qui s’appelle The Run. Espérons qu’un patch vienne rapidement lisser ces accrocs, car ils font tache sur une copie visuelle par ailleurs très propre. Le souci se manifeste uniquement quand on joue en mode Plein écran, en mode fenêtré, les cinématiques fonctionnent normalement.

Roxanne McKee assure le show sans tomber dans le surjeu hystérique, ce qui est rare dans le genre. Les transitions entre les scènes filmées et les choix restent fluides dans leur enchaînement, ce qui rend ces saccades intra-vidéo d’autant plus frustrantes. Enfin, petit mot sur les effets spéciaux pratiques comme le sang et les blessures, ça fait parfois un peu ketchup artisanal, mais cela donne un charme rétro qui plaira aux amateurs de slashers à l’ancienne.

À en perdre haleine

L’ambiance sonore est un point fort du titre. Le design audio met l’accent sur la respiration haletante de Zanna, les bruits de pas sur les sentiers et les craquements de la forêt, créant une bulle d’isolement anxiogène. La musique monte en pression aux bons moments.

Côté doublage, le jeu est en VO (anglais) intégrale, avec des sous-titres français disponibles. Le jeu des acteurs passe aussi par la voix, et on sent l’effort de direction d’acteurs de Paul Raschid. Une spatialisation du son un peu plus poussée pour ceux qui jouent au casque, histoire de vraiment sursauter quand une branche craque derrière nous aurait été la bienvenue.

L’arrivée

The Run est adressé aux amateurs de films interactifs. Paul Raschid livre une copie propre, intense et bien réalisée. C’est une expérience « pop-corn » idéale pour une soirée, surtout si on a un public avec nous pour voter sur les choix.

C’est court mais intense. On regarde un bon petit film d’horreur dont on est le héros. Si vous acceptez le côté « kitsch assumé » du genre et la durée de vie modeste compensée par la rejouabilité, alors The Run mérite sa place dans votre bibliothèque Steam.

Comme quoi, faire du sport en plein air, c’est dangereux.

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