The Legend of Zelda: Echoes of Wisdom

La légende de Zelda : Quand la Princesse Prend ENFIN les Rênes (2024)
Sorti en septembre 2024 sur Nintendo Switch, The Legend of Zelda: Echoes of Wisdom marque un tournant historique en plaçant, pour la première fois dans la série principale, la Princesse Zelda au centre de l’action en tant que personnage jouable. Développé en collaboration avec le studio Grezzo, le jeu reprend l’esthétique Diorama acclamée du remake de Link’s Awakening (2019).
Chapitre I : L’Idée Qui Attendait son Heure
Pour saisir la naissance d’Echoes of Wisdom, il faut comprendre la relation qui s’est construite entre Nintendo et le studio Grezzo au fil des années. Fondé en 2006 par Koichi Ishii, vétéran de Square Enix, Grezzo est un studio indépendant spécialisé dans le développement de jeux pour systèmes portables Nintendo. Sa collaboration avec Nintendo sur la franchise Zelda commence en 2011 avec la remasterisation d’Ocarina of Time sur Nintendo 3DS, un travail de reconstruction graphique minutieux qui établit Grezzo comme un partenaire fiable pour la série.
Cette confiance se confirme avec la remasterisation de Majora’s Mask en 2015, puis avec le projet le plus ambitieux confié au studio : la recréation complète de Link’s Awakening en 2019, dans un style visuel entièrement nouveau, inspiré d’une esthétique de jouets en miniature.

Ce dernier projet marque une évolution importante dans la relation entre les deux partenaires : Grezzo ne se contente plus de mettre à jour des actifs existants, mais crée un jeu original pour une œuvre de la série.
Nintendo EPD assure la supervision créative, définit les grandes orientations narratives et ludiques, et valide chaque décision de conception. Aonuma joue un rôle de producteur exécutif, garant de la cohérence du jeu avec l’ensemble de la franchise tout en laissant à Sano, Terada et à l’équipe de Grezzo la liberté nécessaire pour que le jeu construise une identité propre.
Enfin la légende de ZELDA
La question de faire de Zelda un personnage jouable dans un épisode principal a été discutée en interne chez Nintendo bien avant la sortie d’Echoes of Wisdom. Eiji Aonuma reconnaît que l’idée a été évoquée à plusieurs reprises, mais que l’équipe avait chaque fois reculé devant la difficulté de proposer un épisode centré sur Zelda qui soit à la hauteur des attentes que ce choix soulèverait.

Zelda n’est pas Link. Elle ne possède pas ses aptitudes martiales, sa force physique, son agilité de combattant. Un jeu centré sur elle ne peut pas se contenter de reprendre les mécaniques habituelles en changeant simplement le personnage jouable. Il faut trouver une manière de jouer qui soit authentiquement la sienne : qui exprime sa sagesse, son intelligence, sa manière d’observer et de résoudre les problèmes. Trouver cette mécanique propre à Zelda constitue le véritable défi créatif de la production.
L’Étincelle : La Copie comme Pouvoir de la Sagesse
La mécanique qui déverrouille le potentiel de Zelda comme protagoniste naît d’une réflexion sur la nature de la sagesse telle qu’elle est incarnée par ce personnage depuis les origines de la série. Link représente le Courage : il affronte, combat, escalade, persiste. Ganondorf représente la Puissance : il écrase, domine, impose. Zelda représente la Sagesse : elle comprend, anticipe, adapte.

Comment traduire la sagesse en mécanique de jeu ? La réponse que l’équipe trouve repose sur une logique simple dans son énoncé mais riche dans ses applications : Zelda peut observer ce qui l’entoure, en comprendre les propriétés, et en créer des copies qu’elle invoque ensuite à volonté. Cette capacité, baptisée système des Échos, est cohérente avec l’identité du personnage.
Elle n’emploie pas la force : elle apprend, retient, reproduit, adapte. Une créature qui l’a attaquée peut devenir son alliée. Un rocher peut être reproduit comme plate-forme. Un meuble aperçu dans une maison peut servir d’outil de traversée ultérieur.
L’Annonce Surprise de Juin 2024
La présentation d’Echoes of Wisdom survient lors d’un Nintendo Direct le 18 juin 2024. La vidéo débute comme un trailer de Link’s Awakening : style visuel familier, musique caractéristique laissant supposer qu’il s’agit d’un contenu additionnel ou d’une présentation complémentaire de ce jeu. Puis le personnage contrôlé se révèle être non pas Link, mais Zelda. La réaction en ligne est immédiate. En quelques secondes, la révélation circule sur toutes les plateformes.
La date de sortie au 26 septembre 2024, soit trois mois à peine après l’annonce accentue l’effet de surprise : Nintendo avait réussi à garder le secret sur un projet aussi symbolique pendant toute la durée de son développement.

Tomomi Sano
Echoes of Wisdom est co-réalisé par Satoshi Terada et Tomomi Sano. Cette dernière devient ainsi la première femme à diriger un épisode canonique principal de la série. Sano apporte à la production une attention particulière à la caractérisation de Zelda : la définition de sa personnalité jouable, les nuances de ses expressions, sa manière de se déplacer dans le monde.

Elle veille à ce que Zelda se distingue clairement de Link sans jamais lui être présentée comme inférieure.
Chapitre II : La Sagesse en Mouvement
Le système des Échos, rendu possible par la Baguette que Tri confie à Zelda. Son principe repose sur une logique d’apprentissage permanent: presque tout objet ou créature rencontré dans le monde peut être scanné, créant un écho que Zelda conserve dans son répertoire, cent vingt-sept au total et qu’elle peut invoquer à tout moment.
Dans Ocarina of Time ou Link’s Awakening, les équipements trouvés dans les donjons s’accumulent de manière définitive. Dans Echoes of Wisdom, le répertoire de Zelda grandit au rythme de ses rencontres avec le monde, de sa curiosité et de son attention. Une créature croisée en chemin devient une alliée potentielle. Un meuble aperçu dans une maison peut servir d’outil de traversée future.
Pour éviter que la puissance du système des Échos ne rende le jeu trivial et aussi éviter une saturation de la console, l’équipe introduit une jauge d’énergie qui limite le nombre d’échos actifs simultanément, un nombre qui augmente progressivement au fil des améliorations obtenues dans l’aventure.

L’une des décisions de conception les plus discutées en interne concerne la forme alternative que Zelda peut adopter. Grâce à l’énergie accumulée dans sa baguette, elle peut temporairement revêtir les habits et aptitudes de Link, devenant capable d’attaques directes à l’épée et au bouclier.
L’équipe s’assure cependant que cette forme reste une option parmi d’autres plutôt qu’un refuge. L’énergie nécessaire pour maintenir la transformation est limitée, et la forme épéiste de Zelda est délibérément moins puissante et moins versatile que ne l’était Link dans les épisodes précédents. Pour Nintendo, la force brute est une possibilité, pas la solution optimale. La véritable efficacité de Zelda réside dans l’utilisation créative de ses Échos.
Chapitre II : Hyrule Déchiré par les Failles
Des Failles mystérieuses s’ouvrent à travers tout Hyrule, engloutissant personnes, bâtiments et paysages entiers dans un vide silencieux. Ces Failles ne détruisent pas ce qu’elles absorbent : elles le suspendent dans un espace alternatif nommé le Monde Immobile, un lieu hors du temps et de l’espace ordinaire où tout est figé dans une immobilité absolue.
Cette menace prive Link de son rôle habituel dès les premières minutes. Après avoir combattu un Ganon, le jeune héros tombe dans l’une de ces Failles avant que les joueurs aient eu le temps d’anticiper la suite. Zelda réussit à s’échapper et se lance en quête de sauver son royaume et Link donnant ainsi La légende de Zelda.

Tri
Tri, la petite créature féérique qui remet sa baguette à Zelda et l’accompagne tout au long de l’aventure, occupe une position comparable à celle de Tatl dans Majora’s Mask ou de Midona dans Twilight Princess : une compagne de route dont la présence enrichit la narration et crée une dynamique relationnelle centrale pour l’expérience du jeu.
La relation entre Zelda et Tri se distingue de celle que Link entretient avec ses compagnons habituels. Là où ces derniers ont souvent des rapports teintés d’urgence ou de tension narrative, Zelda et Tri développent une complicité fondée sur la confiance mutuelle et le respect réciproque.

Le Néant comme Antagoniste
Là où Ganondorf est la puissance incarnée, l’ambition démesurée d’un être dont la nature humaine est corrompue par l’avidité, Le néant est quelque chose de plus. Il aspire à l’inexistence, à l’effacement de toute chose. Les Failles qui déchirent Hyrule sont ses bras tendus vers un monde qu’il cherche à engouffrer dans le Monde Immobile, à suspendre dans une immobilité qui n’est pas la mort, mais l’absence de toute possibilité de changement ou de vie.
Chapitre III : L’Ingéniosité au Service de la Sagesse
La conception des donjons d’Echoes of Wisdom est entièrement repensée autour du système des Échos. Puisque Zelda peut invoquer presque n’importe quelle créature ou objet, et que les solutions aux énigmes sont par nature multiples, les concepteurs de niveaux doivent créer des espaces ouverts à de nombreuses approches tout en restant suffisamment contraints pour ne pas se réduire à une trivialité.
L’équipe développe une philosophie fondée sur le concept d’intention multiple : chaque salle est conçue avec plusieurs solutions envisagées, aucune n’étant la seule correcte. Des joueurs principalement offensifs, ayant accumulé des Échos de créatures puissantes, traverseront différemment les mêmes espaces que des joueurs utilitaristes, préférant les Échos d’objets pour construire des chemins. Les tests avec des groupes de joueurs variés révèlent régulièrement des approches inattendues qui fonctionnent parfaitement. Plutôt que de les corriger, l’équipe les intègre comme preuve que le système remplit son rôle.

Chapitre IV : La Musique de la Sagesse
La bande-son d’Echoes of Wisdom est confiée aux équipes musicales de Nintendo en collaboration avec Grezzo. Le résultat est une partition qui intègre les thèmes historiques de la série, la Berceuse de Zelda en tête sans les laisser dominer les compositions nouvelles qui donnent au jeu sa couleur sonore particulière.
Le thème principal de Zelda dans ce jeu adopte une signature mélodique distincte de la Berceuse habituelle : plus active, plus affirmée, portée par une instrumentation qui associe majesté royale et légèreté d’aventure. Cette dualité musicale reflète la dualité narrative du personnage : princesse et aventurière, héritière et individu agissant par lui-même.
Chaque région d’Hyrule bénéficie d’un thème musical capturant son identité géographique et culturelle, dans la continuité de la tradition musicale de la franchise. Les compositions des zones affectées par les Failles introduisent une dissonance subtile dans les thèmes habituels, comme une note déplacée dans une mélodie.
Le Monde Immobile possède sa propre identité sonore : un quasi-silence meublé de notes ponctuelles suspendues, comme les fragments figés du monde qui y sont engloutis. Cette esthétique de l’immobilité, à la frontière entre la musique et le silence, constitue l’une des propositions sonores les plus originales de la bande-son.

Chapitre V : Zelda domine la Switch
Echoes of Wisdom obtient 85/100 sur Metacritic, sur la base de 115 critiques. La presse spécialisée salue l’audace du choix créatif central: confier les rênes à Zelda était une décision attendue et risquée à la fois, et les critiques reconnaissent que l’équipe a su la concrétiser sans dénaturer l’identité de la franchise. Le système des Échos est régulièrement présenté comme la mécanique la plus originale que la série ait proposée depuis A Link Between Worlds et son système de fusion murale.
Tomomi Sano reçoit des éloges appuyés pour sa direction du personnage principal. La finition visuelle, héritée du travail de Grezzo sur Link’s Awakening, est également saluée.
La durée de l’aventure d’une quinzaine d’heures est jugée courte par rapport aux grandes aventures en monde ouvert de la franchise. La navigation dans le menu des cent vingt-sept Échos, organisé en défilement latéral, est critiquée comme peu ergonomique lors des combats. Des baisses de fluidité ponctuelles sur Nintendo Switch lors de situations chargées sont également notées.
Echoes of Wisdom s’écoule à 2,58 millions d’exemplaires en cinq jours, dont 480 000 au Japon. Le jeu atteint 3,91 millions fin 2024 et 4,1 millions au 31 mars 2025.
Zelda a ENFIN eu son jeu à elle, respectant le titre de la saga, mais l’histoire d’Hyrule s’apprêtait à replonger dans ses heures les plus sombres avec Hyrule Warriors : Les Chroniques du Sceau, nous transportant dans le passé d’Hyrule sur les origines de la Guerre Du Sceau.





