Cursed Blood

Le studio indépendant suédois David Marquardt Studios, remarqué en 2023 pour son jeu de tir Dust & Neon, revient avec Cursed Blood. Délaissant les revolvers pour les katanas, ce nouveau titre propose une action rapide, violente et hautement rejouable. Disponible en accès anticipé sur Steam depuis le 2 avril 2026, le jeu est cette fois-ci entièrement auto-édité et nous allons voir ce que cela donne.
Le Sanctuaire Vermillon ne pardonne pas
L’univers de Cursed Blood se déroule dans une version alternative des années 1930, librement inspirée de Chicago avec ses docks glauques, clans mafieux et ambiance de prohibition. Mais dans ce monde-là, ce n’est pas le pétrole qui alimente les machines. C’est le sang….un sang mystique, au cœur d’une technologie dite bloodpunk, fusionnant l’industrialisation avec des reliques surnaturelles.
On y incarne des singes samouraïs, gardiens du Sanctuaire Vermillon, un artefact sacré lié à leurs pouvoirs. La mafia locale s’en est emparée pour en exploiter l’énergie à des fins criminelles, déclenchant la fureur des gardiens. Imaginez la planète des singes qui fusionnent avec du steampunk dans un monde polar noir avec ses mafieux anthropomorphiques aux accents cockney londoniens et magie sanguine industrielle, et le bestiaire est varié.
À ce stade de l’accès anticipé, le scénario est assez absent et incomplet, la fin du jeu et le boss final sont encore absents. Il faudra attendre la version définitive pour juger le récit dans son intégralité.

Là où le sang coule, le katana tranche
Les combats sont nerveux, lisibles et répondent bien. On enchaîne frappes légères, attaques chargées, esquives et déflections dans un rythme qui devient instinctif après quelques parties. Le système d’élimination contextuelle, les finishers ou achever un ennemi de façon décisive permet de récupérer de la vie, ce qui incite à rester dans la mêlée plutôt qu’à fuir.
Il est possible de saisir les armes à feu des ennemis et de les retourner contre eux jusqu’à épuisement des munitions, puis de balancer le canon vide dans la face du prochain adversaire avant d’enchaîner sur une frappe de katana chargée. Simple sur le principe, satisfaisant à l’exécution. À noter que les ennemis tombés au sol peuvent se relever s’ils n’ont pas achevé correctement, cela donne une mécanique qui surprend en début de partie, notamment quand on croit avoir nettoyé une zone et qu’un ennemi se relève dans le dos.

La structure repose sur des niveaux générés de façon procédurale, 5 modes de jeu différents et un système de Mutations du Monde qui vient modifier les règles à chaque partie avec renforcement des ennemis, changement des conditions de survie ou altération de l’économie du jeu. La progression passe par la collecte d’Orbes de Sang récupérées sur les ennemis, dans les coffres ou sur les boss servant à débloquer et améliorer katanas et équipements.
La difficulté est réelle, surtout en solo : les ennemis deviennent plus agressifs au fil des runs, et l’erreur se paye immédiatement. En coopération jusqu’à 4 joueurs, l’équilibre se ressent mieux et les parties gagnent en dynamisme. L’un des points forts concrets du jeu est sa gestion du multijoueur : il est possible de jouer en ligne, en local sur le même écran, ou combiner les deux dans une même session. C’est une fonctionnalité qui se raréfie dans les productions récentes. Pour comparer : là où Hades 2 ou Dead Cells misent sur la profondeur des builds et la narration, Cursed Blood mise sur la brutalité partagée et la coopération immédiate.
En revanche, à ce stade de l’accès anticipé, seuls 2 biomes sont disponibles, le biome final restant à venir. Les joueurs qui maîtrisent le genre feront le tour du contenu disponible assez rapidement, une limite inhérente au format, mais à prendre en compte avant l’achat.

Docks sanglants sous les pixels
L’esthétique bloodpunk (dans ce jeu, cela se nomme ainsi) pose un cadre cohérent avec ses environnements portuaires et industriels, ses éclairages sombres et son bestiaire anthropomorphique varié. Le rendu est lisible pendant les combats et c’est déjà une vraie qualité pour un jeu d’action aussi rapide, où la lisibilité de l’écran est primordiale.
Les animations de combat donnent du poids aux frappes. Démembrements, projections de sang et réactions physiques des ennemis renforcent le côté viscéral recherché. Les boss bénéficient d’animations plus travaillées, notamment leurs phases de mutation en plein combat qui les rendent plus agressifs et plus imprévisibles, un vrai moment de tension bien rendu visuellement.

Là où le bât blesse, c’est dans l’identité visuelle des décors. En dehors des affrontements, les environnements manquent d’éléments distinctifs.
Côté performances, le jeu est très accessible et tourne sans soucis sur une configuration même faible, même modeste, tout tourne sans accroc, une cohérence appréciable avec l’approche indépendante du studio.

Sous le bruit des lames
Les compositions sont percutantes dans les phases de combat, avec un rythme soutenu qui épouse bien la cadence des affrontements. Elles s’effacent en dehors de l’action, laissant l’atmosphère du jeu s’exprimer, une approche cohérente pour ce type de titre axé sur la réactivité et la tension.
Le doublage mérite d’être signalé : les ennemis anthropomorphiques s’expriment avec une touche d’humour décalé et un langage bien fleuri….Une option de censure vocale est disponible pour ceux qui préfèrent désactiver les grossièretés. Par contre le jeu est annoncé traduit en français mais la localisation a encore des ratés, il faudra voir pour la version finale.

Le sang coule, la route est longue
Cursed Blood est un roguelite coopératif qui repose sur un système de combat efficace et un univers clairement original. David Marquardt Studios signe un titre qui brille particulièrement en coopération locale, en ligne ou en mode mixte, et qui propose une base de jeu solide dès son accès anticipé. Les fondations mécaniques sont là, et c’est l’essentiel pour ce genre de projet.
Mais le format accès anticipé se ressent réellement : le biome final, le boss de fin et la conclusion narrative sont encore absents. Les joueurs qui maîtrisent les roguelites feront le tour du contenu disponible en quelques heures. La direction artistique des environnements aurait également gagné à pousser davantage l’expression de son univers.
C’est un bon départ, mais il faudra attendre la version définitive pour s’en faire un avis.




