Dark Trip

Dark Trip est réalisé par un studio bulgare, iWorlds, fondé par seulement 2 personnes : Alexander Nasonov et Andrey Klenin.
Alexander Nasonov possède 19 ans d’expérience dans l’industrie. Ancien employé de Saber Interactive et Snapshot Games, il a contribué à des projets comme Phoenix Point, le tactical RPG post-apocalyptique produit par Julian Gollop, le créateur d’XCOM. Andrey Klenin, de son côté, est développeur Unity et artiste avec plus de 20 ans dans l’industrie, auteur de plusieurs projets classés en tête de l’App Store et du Google Play. Les 2 hommes ont travaillé pour des clients comme Disney, Wargaming, Riki ou encore Snapshot Games.
Leurs références artistiques déclarées sont David Lynch, Terry Gilliam, la franchise Hellraiser et le peintre H.R. Giger, des influences qui marquent chaque couloir du jeu. Le jeu est lancé en accès anticipé sur le Meta Store le 13 février 2025, à 9,99€. La version complète avec 3 épisodes est prévue pour l’automne-hiver 2026, avec des sorties également prévues sur Steam, PS4/5, Xbox Series et Nintendo Switch.
La vérité se cache dans les ténèbres
On incarne un enquêteur chargé de retrouver une femme disparue. La piste nous mène jusqu’à un laboratoire qui semble abandonné en surface. Rapidement, les apparences s’effritent : ce lieu dissimule des expériences sordides, des dispositifs biotechnologiques grotesques et les traces d’une science tordue qui frôle l’occultisme. Le décor est celui d’un laboratoire sadomasochiste où les murs gardent la mémoire d’événements perturbants.
La narration se construit par accumulation de fragments : notes de personnel, témoignages de sujets d’expériences, journaux intimes éparpillés dans l’environnement. C’est dans cette tradition des jeux à ambiance comme The Room VR ou Layers of Fear que Dark Trip s’inscrit, là où la narration se mérite plutôt qu’elle ne s’impose. L’univers puise explicitement dans le cosmicisme lovecraftien, l’horreur corporelle d’Hellraiser et le cinéma de David Cronenberg.
Les thèmes abordés comme le sadomasochisme, drogues, expériences illégales positionnent Dark Trip sans équivoque comme un contenu adulte.

Avaler la pilule
Pour progresser dans certaines énigmes, on se doit d’ingérer des pilules hallucinogènes (on le répète, la drogue c’est mal m’voyez). Ces « trips » altèrent la perception de l’environnement, révèlent des indices invisibles à l’œil nu et modifient les conditions de résolution des puzzles. Chaque pièce peut théoriquement être abordée sobrement ou sous influence, ouvrant des chemins de résolution différents.
Les séquences hallucinatoires fonctionnent bien, l’environnement se déforme visuellement, la palette chromatique bascule, et le joueur doit recomposer sa lecture de l’espace. C’est là que la VR trouve un vrai terrain d’expression. Les énigmes sont variées dans leur conception, certaines se déroulent partiellement en extérieur, ce qui rompt agréablement la monotonie du huis clos.
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Quelques limites pratiques viennent cependant freiner l’élan. Le mode de déplacement par téléportation vers des points prédéfinis est la seule option si l’on ne dispose pas d’un grand espace physique et a l’effet indésirable de signaler implicitement les zones interactives, réduisant en partie le plaisir de l’exploration.
On peut aussi se déplacer avec le stick en mouvement fluide. La manipulation de certains objets manque de précision, rendant quelques puzzles plus frustrants que difficiles. L’obscurité omniprésente, pourtant cohérente avec l’ambiance, nuit parfois à la lisibilité des interactions. La durée de vie de cet épisode 1 tourne autour de 2 heures, ce qui reste honnête pour le prix demandé, sans être généreux, les 2 autres épisodes arriveront durant l’année 2026.

L’œil de Giger
Visuellement, Dark Trip mise sur une direction artistique identifiable, clairement nourrie de l’esthétique biomécanique de H.R. Giger. L’atmosphère du laboratoire est travaillée avec soin : couloirs oppressants, dispositifs médicaux détournés de leur usage, symboles occultes intégrés à l’architecture.

Le jeu est développé sous Unity et tourne en mode autonome sur Meta Quest 3. Les contraintes techniques de la plateforme se font sentir : les textures manquent parfois de finesse, la géométrie reste relativement simple et cela donne un rendu général assez sobre et simpliste quand on compare à d’autres jeux sortis sur Meta Quest 3 qui prouve que le casque peut faire nettement mieux. Le jeu est compatible avec Meta Quest 2, Quest 3S, Quest Pro et Quest 3.
Les séquences de trip sont nettement plus travaillées, déformations géométriques, changements de palette, distorsion de l’espace, c’est vraiment réussi mais il faut aussi avoir le cœur accroché, si vous êtes sensible aux effets de la VR, je vous recommande de faire des pauses régulièrement, le jeu est classé confortable et nous pouvons jouer assis au cas où.

Dissonance cognitive
La musique s’adapte à l’état du personnage, sobre ou sous influence.
Les effets sonores participent activement à l’immersion : sons organiques, bruits industriels, murmures lointains que l’on a du mal à localiser. Certains indices sont d’ailleurs suggérés par le son avant de l’être visuellement.
La narration orale est en revanche quasi absente : l’essentiel du récit passe par le texte écrit. Ce choix peut décevoir les joueurs habitués à un doublage développé, mais il s’inscrit dans la tradition des escape rooms et reste cohérent.

La descente vaut-elle le voyage ?
Dark Trip est un jeu agréable dans un catalogue VR qui manque parfois de prise de risque. La mécanique d’hallucinations, comme outil de gameplay, est suffisamment bien intégrée pour qu’on la distingue clairement d’autres escape rooms disponibles sur Meta Quest. L’univers visuel et sonore, malgré des moyens limités, parvient à installer une atmosphère dérangeante.
En revanche, les frictions techniques des déplacements par points, manipulation d’objets imprécise, lisibilité entravée par l’obscurité nuisent à la fluidité du jeu. La durée de 2 heures pour cet épisode 1 est correcte pour 9,99€, mais on reste dans un accès anticipé : les 2 épisodes restants, prévus pour 2026, détermineront si l’ensemble tient ses promesses sur le long terme.
Pour les amateurs de The Room VR, Layers of Fear ou Lust from Beyond qui cherchent un escape room VR adulte avec une vraie identité artistique, Dark Trip mérite le détour.




