Once Upon A Katamari

Once Upon a Katamari débarque sur Xbox Series X avec une mission : moderniser une formule vieille de vingt ans sans trahir son esprit déjanté. Un pari délicat pour une licence au style unique, née sur PlayStation 2 en 2004 avec Katamari Damacy, imaginée par Keita Takahashi. À l’époque, le concept avait fait l’effet d’une bombe créative : un gameplay minimaliste, un humour absurde, un ton volontairement naïf et un style visuel fauché assumé. Depuis, la série a traversé plusieurs générations de consoles, toujours fidèle à sa philosophie : faire rouler une boule collante et y agglomérer le monde entier. Simple en apparence, profondément original en pratique.
Avec Once Upon a Katamari, les développeurs tentent un retour aux sources tout en insufflant de nouvelles mécaniques pensées pour dépoussiérer la formule. Et même si la réalisation reste, une fois encore, volontairement en retrait par rapport aux standards modernes, cette nouvelle itération sait s’appuyer sur l’héritage de la licence pour offrir une expérience à la fois nostalgique, dépaysante et étonnamment stratégique.
Le style visuel, d’abord, divisera sans surprise. Le jeu affiche des environnements très polygonaux, des modèles anguleux et des textures minimalistes. C’est clairement vieillot, surtout sur une console aussi puissante que la Xbox Series X, et les fans auraient pu espérer un petit effort supplémentaire pour actualiser l’esthétique sans trahir sa philosophie. Mais, si l’on accepte ce choix, on retrouve rapidement le charme artisanal de Katamari : des couleurs saturées, une mise en scène loufoque, et cet humour complètement décalé qui donne l’impression de jouer à un dessin animé animé dans un garage. La direction artistique n’a jamais cherché le photo-réalisme mais le symbole, et c’est ce symbole qui continue de définir l’identité du jeu.

L’un des grands plaisirs de Once Upon a Katamari est de voyager. Cet épisode nous propose un tour du monde généreux, avec des environnements inspirés de pays réels, chacun regorgeant d’objets, de clichés amusants, de références culturelles et de situations absurdes. Explorer Tokyo, un marché méditerranéen, une station de ski américaine ou des ruines d’Amérique du Sud, puis tout absorber, du plus petit soldat jouet au monument local, procure un sentiment d’évasion unique. Katamari a toujours été un jeu sur l’accumulation, mais ici c’est aussi un jeu sur la découverte, presque touristique, qui invite à la curiosité permanente. Chaque niveau est une carte postale délirante qu’on finit littéralement par empaqueter dans la boule que l’on finit toujours par envoyer dans l’espace pour créer de nouvelles constellations.

Le gameplay conserve la base emblématique de la série, mais avec plusieurs ajouts qui changent la dynamique. On fait toujours grossir un Katamari en ramassant des objets plus petits que soi, mais désormais les objets volumineux ne peuvent plus être intégrés d’un coup, même s’ils semblent légèrement inférieurs en taille. Ils deviennent alors des obstacles : ils bloquent la route, font rebondir la boule, perturbent la trajectoire. Il faut donc d’abord les contourner, trouver suffisamment d’objets intermédiaires pour grandir, puis revenir les « assimiler ». Cette progression en couches donne une profondeur nouvelle au gameplay, qui devient plus méthodique, c’est presque un puzzlegame.
On réfléchit davantage aux trajets à emprunter, aux zones à vider en premier, aux risques à éviter. Certains objets sont même piégés dans des configurations nécessitant un angle d’approche précis, ajoutant à la dimension stratégique. Résultat : toujours la folie de Katamari, mais un rythme plus réfléchi, plus mature, qui renouvelle intelligemment l’expérience.

Les nouveautés ne s’arrêtent pas là : Once Upon a Katamari introduit plusieurs mécaniques inédites, comme des zones interactives, des objets à fonctions spéciales, ou encore des améliorations temporaires qui modifient la vitesse ou la capacité d’adhésion de la boule. Ces éléments ajoutent du dynamisme et encouragent l’expérimentation. On a enfin l’impression que la série sort de son carcan historique pour explorer d’autres idées, sans toutefois s’éloigner de son ADN.
Techniquement, le jeu tourne très bien sur Xbox Series X. Fluidité impeccable, aucun ralentissement, chargements courts. Mais la modernité technique n’est clairement pas le point fort du titre, et ce n’est probablement pas ce que recherchent les fans. La bande-son, toujours aussi délirante, mélange musique lounge, pop japonaise, chœurs absurdes et mélodies entraînantes. Elle accompagne à merveille le ton surréaliste du gameplay et renforce l’identité sonore si reconnaissable de la licence.

Once Upon a Katamari est un épisode arriéré techniquement mais charmant, absurde mais stratégique, répétitif mais dépaysant. La licence n’a jamais cherché à être un blockbuster moderne ; elle vise un plaisir enfantin, immédiat, universel. Et cet épisode, malgré ses défauts visuels et son côté old-school, réussit à capturer cette essence tout en proposant suffisamment de nouveautés pour surprendre les habitués. C’est un hommage aux origines autant qu’un début de renouveau, une aventure colorée et joyeusement chaotique qui rappelle pourquoi Katamari reste une licence culte, vingt ans après sa naissance.
Pour ceux qui veulent juste faire rouler une boule et tout faire disparaître sur leur passage, le plaisir est intact. Pour ceux qui attendaient une évolution plus profonde, les nouvelles mécaniques offrent enfin une dimension tactique bienvenue. Et pour les autres, c’est simplement un voyage autour du monde qui ne ressemble à aucun autre. Un Katamari pur jus, avec juste ce qu’il faut de modernité pour mériter son retour.





