Disciples : Domination

La franchise Disciples, autrefois ancrée dans les années 2000, a connu un regain d’intérêt avec Liberation en 2021, développé par le studio québécois Frima Studio. Cette fois, le flambeau passe entre les mains françaises d’Artefacts Studio, basé à Lyon, qui s’est déjà fait remarquer avec Le Donjon de Naheulbeuk et sa maîtrise du tour par tour tactique. L’éditeur Kalypso Media, spécialisé dans les jeux de stratégie et de gestion depuis sa fondation en 2006, assure la continuité de l’univers sombre de Nevendaar.
Artefacts Studio hérite d’un opus qui avait divisé par sa longueur excessive et son grind répétitif, mais qui offrait une solide base narrative et tactique. Reste à voir si le studio français a su affiner la formule et nous fournir un épisode digne pour ce début 2026. Le Jeu est disponible sur PC, Xbox Series et Playstation.

Le poids de la couronne
Quinze ans ont passé depuis les événements de Libération. Avyanna, jadis mercenaire, est devenue impératrice. Mais craignant de devenir un tyran qu’elle a autrefois combattu, elle a tout délaissé au point de perdre tout ce qui comptait. Mais le destin la mène en quête de raison pour devenir une gouvernante digne. Là où le premier opus misait sur une ascension classique, Domination explore les conséquences du pouvoir et les compromis moraux qu’il impose. L’écriture gagne en maturité, avec des dialogues plus percutants et des dilemmes politiques qui remplacent avantageusement la dichotomie bien/mal de l’épisode précédent.
Néanmoins, ce saut temporel peut dérouter les joueurs n’ayant pas fait Liberation. Certaines références aux anciens compagnons et aux événements passés manquent de contexte, même si un résumé optionnel permet de rattraper les grandes lignes.

Tactique et rythmes retrouvés
Le système de combat au tour par tour sur grille hexagonale revient, mais Artefacts Studio a clairement entendu les critiques adressées à Liberation. Les affrontements sont désormais plus nerveux, avec des ennemis qui punissent sévèrement les mauvais positionnements. L’IA adverse exploite activement les faiblesses de formation, forçant à réfléchir à chaque déplacement. Cette exigence rappelle les meilleures heures d’un King’s Bounty ou d’un Heroes of Might and Magic III.
La gestion d’Avyanna s’enrichit avec la possibilité de choisir entre quatre classes distinctes dès le début de l’aventure, Seigneur de Guerre (tank/dégâts physiques), Souverain Primordial (magie élémentaire), Régente Sacrée (soin/support) ou Reine Sorcière (nécromancie/débuffs). Pour aussi renforcer l’aspect JDR, des choix de dialogue se manifesteront tout au long de l’aventure et auront un impact réel sur le déroulement de l’aventure. Ces décisions influencent nos relations diplomatiques, débloquent des unités exclusives ou ferment définitivement certaines portes narratives.

Le jeu nous poussera dans nos envies tactiques avec la gestion de 5 factions. Chaque race possède des unités spécifiques avec des synergies à exploiter, et la possibilité de mixer les troupes encourage l’expérimentation. Le système de l’arrière-garde a été simplifié pour plus de clarté, tout en conservant son intérêt tactique. Entre deux combats, l’exploration en temps réel sur la carte mondiale est plus dense qu’auparavant, avec des événements scriptés et aléatoire pour renforcer l’aspect JDR.
Toutefois, la courbe de difficulté en début de partie peut se montrer brutale, surtout pour les nouveaux venus dans la série. Les premiers chapitres demandent une adaptation rapide, et les sauvegardes régulières deviennent vite un réflexe. Rassurez-vous, pour ceux qui souhaitent profiter plus sereinement du jeu, vous pouvez modifier les réglages de votre campagne comme réduire les dégâts ennemis, être soigné en fin de tour ou autre.

L’interface des menus, bien que fonctionnelle, reste assez austère et aurait mérité un rafraîchissement visuel pour rivaliser avec les standards actuels du genre. Malgré ces quelques aspérités, le gameplay constitue le cœur battant de l’expérience, et c’est un soulagement de constater qu’il tient solidement ses promesses. Il faudra compter environ 40 à 50 heures de jeu pour la trame principale et une bonne partie des quêtes annexes, comme on dit, il y a à boire et à manger dans la taverne.

Nevendaar en haute définition
Domination embrasse pleinement l’esthétique dark fantasy qui fait l’identité de la série. Les décors gothiques, les architectures torturées et les créatures cauchemardesques bénéficient d’un traitement graphique soigné, clairement optimisé pour les consoles de nouvelle génération et les PC modernes. Les effets de sorts lors des combats sont particulièrement réussis, avec des jeux de lumière et de particules qui donnent du poids aux incantations majeures. Chaque faction possède une direction artistique distincte, facilitant la lecture du champ de bataille tout en maintenant une cohérence visuelle globale.
Les animations des personnages lors des cinématiques de dialogue manquent parfois de fluidité, avec des expressions faciales un peu rigides qui cassent l’immersion lors des moments narratifs forts. J’ai également constaté quelques soucis de chargement de textures sur les plans larges de la carte mondiale entraînant des micro freeze, même sur une configuration PC solide (RTX 4090). Mais hormis cela je n’ai rien remarqué de gênant, le jeu est optimisé et c’est rare dans le gaming PC en ce moment, le jeu tourne bien sous Rog Xbox Ally X pour donner 60 fps.

L’orchestre des ombres
La dimension sonore de Domination a été confiée à Jeremy Fröböse, compositeur allemand qui s’est fait un nom dans l’industrie du jeu vidéo en collaborant notamment avec Kalypso Media sur plusieurs de leurs productions stratégiques, mais aussi sur The Elder Scrolls ou Indiana Jones et le cercle ancien. Sa patte se reconnaît dans ces compositions orchestrales qui mêlent cordes mélancoliques, chœurs menaçants et percussions martiales pour créer une atmosphère pesante, en parfaite adéquation avec le contexte narratif de Nevendaar. Les thèmes varient selon les factions et les zones explorées.

Par contre, ce qui m’a fait plaisir, quelque chose d’assez rare en ce moment… le jeu bénéficie d’un doublage intégral en français, OUI vous avez bien lu. L’immersion est totale et le jeu d’acteur des comédiens de doublage est excellent. Les effets sonores des sorts et des armes ajoutent du relief aux affrontements.
Une succession maîtrisée
Disciples : Domination réussit son pari de succéder à Liberation en corrigeant ses défauts majeurs tout en conservant ses qualités. Artefacts Studio démontre sa maîtrise du tour par tour tactique en proposant des combats plus nerveux, une difficulté mieux calibrée et une progression plus juste. La narration gagne en maturité avec un personnage principal plus complexe et des enjeux politiques crédibles, le tout sublimé par un doublage français intégral qui force le respect.
Domination offre une expérience de stratégie tactique exigeante et satisfaisante, qui trouvera son public chez les amateurs de Heroes of Might and Magic, King’s Bounty ou Crown Wars. Pour ma part, je retourne défendre mon trône sur les terres maudites de Nevendaar, avec la conviction qu’Artefacts Studio a honoré l’héritage de la franchise.




