2nd EVE

Gamer Cloud est un studio indépendant qui signe ici sa première production notable sur Steam, endossant à la fois le rôle de développeur et d’éditeur. 2nd EVE débarque en accès anticipé avec les 3 premiers chapitres d’une histoire prévue sur 10.
On entre dans l’univers du jeu avec une promesse claire : action narrative, combat tactique et atmosphère de survival dans les profondeurs de l’hyperespace. La réalité, elle, est un peu plus nuancée.
La Lune, la Terre et l’Au-delà
La Lune a été déviée de son orbite par un impact mystérieux et se dirige lentement vers la Terre. Face à l’extinction, l’humanité évacue sur 3 vaisseaux coloniaux en direction de Proxima B, la planète de substitution. On incarne la Sœur Supérieure Zola, une religieuse, psychiatre et officière de haut rang à bord du vaisseau ARGOS, chargée de veiller sur les 10 000 colons en cryosommeil.
Le saut dans l’hyperespace tourne mal. La réalité se fracture, l’équipage dégénère en créatures hostiles, des machines rebelles arpentent les couloirs, et des anomalies déchirent le vaisseau de l’intérieur. On mélange science-fiction spatiale et dimension spirituelle, avec une héroïne qui tire ses capacités d’une foi hybride entre science et mysticisme. Les journaux de bord et transmissions corrompues alimentent la narration de façon progressive.

Le bémol vient du rythme. L’histoire ne se révèle que par fragments, à travers des logs à dénicher dans les couloirs, et le fil directeur manque parfois de clarté pour maintenir une tension narrative continue. Les choix moraux promis par les développeurs sont présents, mais leur impact réel sur le scénario reste peu perceptible dans ces 3 premiers chapitres.
Foi en main, Sœur Zola frappe
Le gameplay repose sur un combat en défilement latéral. Pour ma part, on se retrouve plus dans un hack-and-slash sci-fi plutôt qu’à un vrai soul-like, malgré ce que le jeu annonce. On dispose d’une attaque légère, d’une attaque lourde chargeable, d’une parade, d’une contre-attaque et d’une esquive. Il n’y a pas de jauge d’endurance, le système fonctionne à la place sur des temps de recharge pour les capacités spéciales.

La progression se fait sur 2 axes, les compétences actives avec une seule assignée à la fois par slot de combat et les statistiques de base comme les points de vie ou le soin par régénération. C’est accessible et lisible. L’arbre de compétences offre quelques synergies intéressantes, notamment autour de la paralysie ou du contre-attaqué amélioré.
En pratique, on trouve assez vite une stratégie efficace et on s’y tient, car le jeu ne pousse pas vraiment à en changer. Les ennemis se déplacent lentement, leurs patterns sont prévisibles, et une même approche fonctionne sur la majorité des affrontements. Les boss introduisent davantage de pression, mais les phases de couloirs entre 2 points de sauvegarde peuvent devenir répétitives, d’autant que les environnements se ressemblent visuellement d’une zone à l’autre.

L’ARGOS Tient la Route, Pas Toujours le Cap
Sur le plan technique, 2nd EVE affiche une direction artistique cohérente avec son univers : couloirs tamisés, éclairages vacillants, palette froide ponctuée d’effets d’anomalies visuelles. Le style 2D latéral fonctionne, les animations d’attaque sont propres, mais on note un manque de sensation d’impact dans les frappes, le retour de ressenti est un peu faible et mérite d’être amélioré. Les zones ont tendance à se ressembler sur plusieurs niveaux consécutifs, ce qui nuit à la lisibilité de la progression dans le vaisseau.

Le jeu reste bien optimisé pour des configurations modestes : les prérequis minimums sont un processeur i3-10100 ou Ryzen 5 1600, 16 Go de RAM et une carte graphique NVIDIA GTX 1060 ou AMD RX 580 avec 4 Go de mémoire vidéo, pour du 720p stable à 30 images par seconde. En configuration recommandée (i5-12400 ou Ryzen 5 5600, RTX 2080 ou RX 6800 XT, 32 Go de RAM), on atteint le 1440p à 60 images par seconde. Le jeu est également compatible Steam Deck et a été optimisé pour cette utilisation. Malgré cela, le jeu étant en accès anticipé, des soucis techniques sont présents : chutes de framerate, bugs visuels, on imagine que cela sera corrigé avec le temps.
À noter que 2nd EVE est intégralement localisé en français pour l’interface et les sous-titres.

Des Voix dans le Vide
Les bruits du vaisseau, les échos lointains et les transmissions corrompues participent activement à l’ambiance de huis clos spatial oppressant. La musique reste en retrait et discrète, ce qui sert l’atmosphère plus qu’elle ne la domine.
Par contre, point négatif pour ma part. Les développeurs ont confirmé sur la page Steam que les voix des cinématiques et dialogues sont générées par intelligence artificielle. Le résultat est inégal : les lignes de dialogue sont bien écrites, mais la délivrance reste plate et peu nuancée, ce qui casse par endroits l’immersion que le reste de l’ambiance sonore cherche à construire. Pour un jeu qui mise autant sur la narration et l’identité de son personnage principal, ce choix est très discutable, un acteur de doublage sera toujours le choix à faire et non un ordinateur sans âme.

Un Premier Chapitre Prometteur, Mais Inachevé
2nd EVE propose un univers intrigant, une héroïne atypique et un cadre narratif original qui se distingue de la masse des jeux d’action indépendants. L’accès anticipé couvre 3 chapitres sur 10 prévus, avec une feuille de route qui vise les chapitres 4 à 6 dans 3 à 4 mois, et une sortie complète estimée environ 12 mois après le lancement.
Ce que le jeu montre dans cet état est jouable et correct, mais la répétitivité des environnements, les patterns d’ennemis peu variés et le doublage par intelligence artificielle pèsent sur l’expérience globale. La progression et les choix moraux sont là, mais encore trop peu développés pour peser vraiment sur le ressenti.
2nd EVE mérite qu’on garde un œil dessus, en espérant que les prochaines mises à jour affinent ce qui freine aujourd’hui une expérience qui a clairement le potentiel de se bonifier et avoir un véritable doublage.




