Kirby et le monde oublié

En 2022, Kirby et le monde oublié a fait basculer la petite boule rose de Nintendo dans une 3D généreuse donnant un jeu de grande qualité. Trois ans plus tard, cette “Switch 2 Edition” promet des performances à la hauteur et un DLC exclusif qui redonne une couleur stellaire à l’aventure. Ayant fait le jeu de base en 2022, j’y suis retourné avec grand plaisir pour le comparer à sa version Switch 1 et j’ai pu profiter du DLC exclusif à la Switch 2.
Le jeu de base en 2022 remis en perspective
Kirby et le monde oublié, c’est d’abord une structure limpide: des niveaux linéaires reliés par un hub central, davantage Super Mario 3D World qu’Odyssey. Chaque monde déploie son biome, ses idées, et son boss, avec cette accessibilité typique de la série, même en mode difficile “Ouragan”, on reste sur un challenge mesuré. Côté récit, Kirby est aspiré dans le Monde Oublié via un trou noir, se lie à Elfilin, et part sauver les Waddle Dees pour redonner vie à leur village, un fil rouge simple, efficace, qui sert surtout l’aventure et le level design. Le “Transmorphisme” y était la vraie bascule créative, permettant à Kirby d’engloutir des objets (voiture, distributeur) pour des séquences de gameplay mémorables. Ce socle, solide et généreux, revient intact dans l’édition Switch 2.
Les apports de la Switch 2: technique, confort, cohérence
En main, la première promesse tient: c’est plus net, plus fluide, plus stable. Plusieurs médias évoquent une résolution jusqu’en 4K et un framerate qui ne bronche pas, ce qui sert merveilleusement l’art directionnel pastel et les environnements riches en détails. Dans les stages du DLC, on note des assets inédits et des effets de particules qui paillettent les ruines d’une fine poussière d’étoiles, un embellissement subtil, mais réel, qui densifie la mise en scène sans la trahir.
Note technique intéressante : certains parlent d’un 60 FPS constant et d’une exécution “4K”, quand d’autres précisent 1080p portable et 1440p en mode docké, toujours à 60 FPS. Quelle que soit la lecture, le confort de jeu grimpe franchement par rapport à la version Switch 1, moins d’aliasing, un rendu plus propre, et une stabilité globale qui fait oublier les concessions d’hier.
Le DLC exclusif Le pays des étoiles filantes
Une idée, trois gestes, douze niveaux
L’extension exclusive à la Switch 2 déclenche son récit après Naturaplena: une météorite “étoile des ténèbres” s’écrase, disperse des “Astralées” et bouleverse la géographie. La boucle est claire: revisiter des lieux emblématiques, altérés par des cristaux, activer des “fleurs astrales” pour transformer le terrain (ponts, plateformes, passages), et collecter ces étoiles de lumière. Douze niveaux répartis dans les six mondes du jeu de base, jouables en parallèle de la campagne principale, avec un ton de “remix” assumé mais soigné. En pratique, on refait sans refaire, et ça marche parce que la métamorphose des parcours impose une lecture neuve et des micro-découvertes à chaque virage.
Trois nouvelles transmorphoses s’invitent au bal. Le ressort augmente l’amplitude verticale et réinvente certaines escalades ; la roue (rouage cranté) fait grimper Kirby sur les murs et pousse à penser à la verticale ; la “pancarte/panneau” ouvre des séquences de glisse et d’attaque tournoyante plus techniques. Ces ajouts interviennent en contexte, sans lourdeur, et apportent ce qu’il faut de renouvellement pour éviter le déjà-vu on, sent l’envie de HAL de pousser une idée par niveau, sans rallonge inutile.
Plus corsé, mais toujours bienveillant
Côté challenge, on monte d’un cran: ennemis “cristallisés” plus agressifs, parcours moins permissifs, objectifs secondaires plus retors. On reste dans l’ADN Kirby, accessible, lisible, conciliant, mais les joueurs qui visent le 100% auront quelques froncements de sourcils face à des Astralées ou des objectifs cachés vraiment bien dissimulés. Le level design, précis et généreux en alternatives, tient la route : on fouille, on déclenche, on recompose mentalement la carte, une boucle qui valorise l’attention, sans jamais devenir punitive.
Une nouvelle Coupe au Colisée (la “Coupe ultime Z EX”), pensée comme un rush de boss relevé, et une nouvelle monnaie (pièces astralées) pour des figurines EX auprès d’un Waddle Dee astronome. Rien d’essentiel, mais du liant pour celles et ceux qui aiment prolonger l’expérience par la collection.
La question qui fâche : la durée
La campagne additionnelle se boucle en deux à trois heures selon votre appétit d’exhaustivité, disons deux heures en ligne droite, un peu plus pour dénicher tout le contenu et abattre la Coupe ultime. Beaucoup voudront plus, moi aussi. Mais dans ce format compact, l’extension reste dense en idées et ne dilue pas son propos : du rythme, peu de gras, et des relectures de niveaux qui se justifient par la mécanique astrale plutôt que par un simple recyclage. Personnellement j’aurais signé pour un monde entier inédit.
Gameplay : pourquoi ça tient encore
Le cœur du jeu de base n’a pas bougé, et c’est tant mieux. Les pouvoirs de copie restent un coffre à jouets jouissif, avec des évolutions à débloquer qui changent le tempo des combats et la manière d’aborder certaines salles. Le transmorphisme, toujours utilisé à bon escient, ponctue les niveaux de micro-sets à la fois lisibles et spectaculaires. Le village Waddle Dee, en filigrane, garde cette fonction de respiration : on y améliore, on y collectionne, on y joue des mini-jeux en parenthèses.
Dans le DLC, les mini-défis (indispensables pour optimiser les Astralées) reprennent le flambeau des “routes” à challenge du jeu de base. Surtout, la logique d’activation-transformation des fleurs astrales devient votre boussole : activer, observer ce qui a changé, réévaluer son itinéraire, oser la bifurcation. Ce va-et-vient est le meilleur carburant de l’extension, on joue avec l’espace autant qu’avec Kirby.
Un visuel toujours aussi enchanteur
Kirby n’a jamais eu besoin de photoréalisme pour émouvoir. Ici, la Switch 2 met surtout en valeur la cohérence du monde : ruines humaines envahies par la nature, parcs d’attraction figés dans une joie passée, centres commerciaux vidés mais encore habités. Le contraste avec la douceur sucrée de Kirby crée ce petit décalage mélancolique qui m’avait déjà pris en 2022. Les améliorations visuelles, sans révolution, nettoient ce qu’il fallait nettoyer : aliasing contenu, textures plus nettes, lecture de profondeur plus confortable, effets de particules étoilés qui soulignent la bascule “astrale” des stages exclusifs. Et en 60 FPS, tout parait plus vivant, le moindre petit rebond gagne en “feel”.
Dans les niveaux “étoiles filantes”, les cristaux qui reconfigurent l’espace ne sont pas que de jolis ancrages : ils guident l’œil, imposent des diagonales nouvelles, et redessinent des silhouettes familières — une écriture visuelle subtile, évitant le tape-à-l’œil gratuit pour rester au service du game feel.
Bande-son : toujours aussi agréable pour les oreilles
La musique de Kirby et le monde oublié a toujours eu cette capacité à convoquer l’aventure avec délicatesse : des thèmes qui portent, des variations qui surprennent, des orchestrations propres, cristallines. Bonne nouvelle annexe : Nintendo a complété la bande-son sur son application Music à l’occasion de cette sortie Switch 2, on passe à 114 morceaux pour 4h33 d’écoute (même si aucun titre du DLC n’a été ajouté pour l’instant). C’est anecdotique pour le gameplay, mais très révélateur de l’attention portée à l’œuvre : on entérine l’ampleur musicale d’un épisode qui le mérite amplement.
In game, la Switch 2 donne un petit coup de lustre au mix : tout respire, les percussions claquent mieux, et certains effets “stellaires” du DLC s’intègrent avec ce qu’il faut de brillance. Rien d’agressif ; juste cette sensation que chaque note a un peu plus de place pour vibrer.
Durée de vie, difficulté, rejouabilité
- Campagne principale : si vous découvrez, comptez une grosse dizaine d’heures pour voir le générique, davantage pour tout sauver, tout améliorer, tout collectionner, c’est un buffet généreux qui prend une belle seconde vie en Switch 2. La difficulté reste inclusive, pensée pour accueillir, mais quelques défis et boss en post-game savent piquer juste ce qu’il faut.
- DLC Le pays des étoiles filantes : 12 niveaux, deux à trois heures selon votre envie d’exhaustivité, un boss supplémentaire et une Coupe Colisée relevée. C’est court, oui, mais bien tenu ; la rejouabilité tient dans les objectifs secondaires et la collecte complète des Astralées et figurines EX.
Sur l’échelle “accessibilité vs exigence”, l’extension élève la marche d’un cran sans renier la philosophie Kirby. Ceux qui attendaient un virage hardcore resteront sur leur faim ; ceux qui aiment la densité d’idées plutôt que la punition y trouveront leur compte.
Un prix en demi teinte
La proposition est double : mise à niveau à 19,99€ si vous possédez le jeu de 2022, ou édition complète à 79,99€ incluant le DLC. Vu le gain technique et la qualité de l’extension, l’upgrade a du sens si vous comptez replonger ou si vous aviez lâché avant le post-game; pour une découverte, l’édition complète est une porte d’entrée cohérente mais que je trouve trop chère sachant qu’il s’agit à la base d’un jeu de 2022. Oui, on aurait aimé un contenu additionnel plus copieux, la qualité du remix est aussi présente mais pour le prix certaines extensions sont nettement plus fournies.
Toujours aussi bon mais on en veut plus
Kirby et le monde oublié n’avait pas besoin d’un grand soir ; il avait besoin d’air, de place, de stabilité et la Switch 2 le lui donne. Le DLC Le pays des étoiles filantes n’est pas une “suite” camouflée, c’est un miroir bien pensé : il recompose, condense, surprend sans épuiser. Deux frustrations demeurent : la brièveté de l’extension, et l’envie d’un monde inédit complet au lieu de relectures, même inspirées. Mais lorsque je pose la manette, je retiens surtout l’essentiel : cette joie simple et précise qu’on ressent quand un jeu sait exactement qui il est.
Je le recommande à celles et ceux qui n’ont pas fait l’original (c’est la meilleure version), aux amoureux du level design généreux et des plateformes “feel good”, et aux complétistes qui aiment un 100% malin plus qu’un 100% punitif.
Dire que Kirby revient en beauté serait trop simple ; je préfère dire qu’il revient en justesse. Il ne force rien, il éclaire ce qui existait déjà, et il ajoute juste assez d’étoiles pour qu’on lève de nouveau la tête.