Pragmata

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Graphismes9.7
Animation9.4
Jouabilité9.6
Bande son9.5
Intérêt9.6
9.6

Pragmata sur Xbox Series X est enfin une réalité après des années d’attente et de mystère. Présenté à l’époque du lancement de la Sony Interactive Entertainment et de la PlayStation 5, le jeu de Capcom a longtemps laissé planer le doute sur son développement. Projet repoussé, possiblement rebooté ou simplement dévoilé trop tôt, difficile de trancher. Une chose est sûre : le résultat final donne l’impression d’un titre qui a pris son temps pour trouver sa forme, avec des choix de design parfois surprenants mais globalement cohérents. Et surtout, Pragmata dégage cette sensation devenue rare d’être un projet pensé autour d’une véritable idée de gameplay plutôt qu’un simple produit calibré.

L’aventure se déroule sur la Lune, dans un environnement qui mélange science-fiction froide et fragments de vie terrestre recréés artificiellement grâce à des systèmes d’impression 3D. Ce contraste permet au jeu de varier les ambiances malgré une base géographique relativement limitée. Les premières heures frappent par leur direction artistique très aseptisée, dominée par des tons blancs et une certaine froideur clinique, qui n’est pas sans rappeler PN.03. On perçoit aussi une légère influence de Lost Planet et de Vanquish, même si Pragmata s’en éloigne rapidement pour affirmer sa propre identité. Les immenses complexes lunaires, les laboratoires désertés et les structures métalliques baignées de néons dégagent une ambiance très particulière, presque mélancolique. Le jeu joue beaucoup sur le silence, l’isolement et la sensation d’être perdu dans une installation devenue incontrôlable.

Ce qui surprend aussi, c’est la façon dont Pragmata parvient à injecter de l’humanité dans cet univers extrêmement froid. Au détour d’une zone, on découvre des reproductions de cafés, de rues ou d’objets du quotidien issus de la Terre, comme si les habitants de cette colonie lunaire tentaient désespérément de conserver un lien émotionnel avec leur planète d’origine. Cette opposition permanente entre technologie et nostalgie donne au jeu une personnalité très forte.

Le cœur du gameplay repose sur une mécanique centrale particulièrement originale : le hacking en temps réel. Accompagné d’une fillette androïde, Diana, le joueur doit pirater les ennemis en parcourant une grille composée de cases et de modules à activer. L’objectif est de créer un chemin optimal jusqu’à une case finale pour déclencher des effets, ouvrir des failles dans l’armure des robots et maximiser les dégâts. Ce système évoque presque un mini-jeu de réflexion ou un jeu de cartes façon RPG, mais intégré en pleine action. C’est précisément ce mélange qui donne toute sa saveur au jeu.

Très vite, le joueur comprend que Pragmata ne cherche pas à être un simple shooter spectaculaire. Ici, tirer sans réfléchir ne mène généralement à rien. Il faut observer les patterns ennemis, analyser rapidement la grille de hacking et choisir le meilleur itinéraire possible afin d’obtenir les bonus les plus intéressants. Certains modules augmentent les dégâts, d’autres ralentissent les ennemis ou permettent de casser des protections spécifiques. Cette mécanique crée une vraie tension mentale pendant les combats car le cerveau travaille presque autant que les réflexes.

Ce choix de design explique aussi le rythme assez particulier des affrontements. Les ennemis et les boss peuvent sembler lents, presque “molassons” au premier abord, mais cette lenteur est volontaire : elle laisse au joueur le temps de réfléchir, d’optimiser son hacking et de planifier ses attaques. Sans cette mécanique, le jeu serait probablement beaucoup plus classique, voire répétitif. Avec elle, il devient nettement plus stratégique et engageant avec une belle marge de progression que l’on ressent au fur et à mesure de la découverte de nouvelles armes. Les ennemis sont en effet souvent liés à quelques cartes de hacking que l’on finit par connaître.

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Cette approche donne parfois au jeu une dimension presque puzzle-game. Certains affrontements ressemblent davantage à des casse-têtes sous pression qu’à de simples fusillades. Les boss, notamment, demandent souvent de comprendre une logique avant même de pouvoir réellement leur infliger des dégâts. Le jeu pousse alors le joueur à expérimenter et à sortir de ses habitudes, ce qui évite une routine trop mécanique malgré une boucle de gameplay assez simple sur le papier.

La progression s’articule autour d’un hub central relié à différentes zones via une ligne de tram. Chaque biome agit comme une zone distincte avec ses propres défis, et le jeu encourage régulièrement les allers-retours. On retrouve une structure proche du roguelite : on revient au hub pour se soigner, améliorer ses capacités et repartir plus fort. Certaines zones, plus dangereuses, sont clairement pensées pour être revisitées plus tard, une fois mieux équipé. Cela crée une boucle de progression efficace qui pousse aussi le joueur à revisiter ses anciens stages dont la plupart des accès sont débloqués et qu’il est donc possible de revisiter en « monde ouvert » pour en percer tous les secrets et débloquer une quantité impressionnante de contenu. Et ici, pas question de passer à la caisse : tout se gagne à la sueur du front, dans une logique de progression gratifiante qui rappelle une certaine philosophie old school. On prend ainsi un vrai plaisir à faire une pause dans l’aventure principale pour aller farmer, améliorer son équipement et revenir plus fort. Certaines zones, identifiées comme dangereuses lors de leur première découverte, deviennent presque triviales une fois le personnage suffisamment renforcé. Revenir en arrière pour “faire leur fête” aux ennemis auparavant redoutés procure une sensation de domination particulièrement satisfaisante.

Cette montée en puissance est d’ailleurs très bien retranscrite : augmentation de la barre de vie, du nombre de coups que l’on peut enchaîner, mais aussi des dégâts infligés… Tout concourt à donner au joueur le sentiment concret de progresser. Une évolution tangible, palpable, qui rend chaque amélioration réellement gratifiante. Le jeu trouve d’ailleurs un équilibre intéressant entre accessibilité et profondeur. Les premières heures restent relativement simples afin de laisser le temps d’assimiler les mécaniques, mais les derniers chapitres demandent une réelle maîtrise du système.

À ce titre, Pragmata se montre étonnamment généreux. Entre les bonus à débloquer, les souvenirs de la Terre à offrir à Diana, les systèmes de jetons et de bingo qui débloquent des récompenses et les stages d’entraînement façon défis, le contenu annexe est riche et encourage à prolonger l’expérience. Revenir dans les anciens niveaux pour optimiser son équipement ou compléter des objectifs devient rapidement une habitude. Les développeurs ont clairement cherché à rendre chaque retour utile, même après plusieurs heures de jeu.

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On apprécie également le fait que le jeu récompense énormément la curiosité. Explorer un couloir secondaire, résoudre une petite énigme environnementale ou revisiter une ancienne zone avec un nouvel équipement débouche souvent sur des améliorations concrètes. Pragmata possède ainsi un petit côté metroidvania dans sa structure, même si cet aspect reste relativement léger.

Au-delà du gameplay, le jeu repose aussi sur la relation entre le protagoniste et Diana. Une dynamique presque père-fille se développe au fil de l’aventure, apportant une dimension émotionnelle bienvenue dans cet univers froid et artificiel. Cette relation humanise l’expérience et donne un véritable fil conducteur à la progression. Il faut dire que les dialogues évoluent en fonction de la progression du jeu et sont toujours très à propos. Diana n’est d’ailleurs jamais réduite au simple rôle de “compagnon mignon”. Elle participe pleinement au gameplay, à la narration et même à l’identité globale du jeu.

Certains échanges fonctionnent particulièrement bien grâce à leur sobriété. Pragmata évite souvent les longues scènes mélodramatiques et préfère construire son attachement à travers de petits moments plus naturels : une remarque pendant l’exploration, une réaction face à un souvenir terrestre ou encore certaines animations discrètes entre les personnages. Cela rend leur relation plus crédible et surtout moins forcée.

Techniquement, Pragmata est irréprochable sur Xbox Series X. La réalisation est soignée et propose une belle stabilité d’animation à 60 FPS. Les effets de lumière sur les surfaces métalliques, les particules en suspension dans certains environnements et les animations des robots participent énormément à l’immersion. Capcom démontre une nouvelle fois toute la maîtrise de son moteur graphique maison, capable d’afficher des environnements très détaillés tout en conservant une excellente fluidité.

Le sound design mérite également d’être salué. Les bruitages métalliques, les alarmes lointaines et les ambiances sonores contribuent énormément à cette sensation d’isolement lunaire. La bande-son, relativement discrète pendant l’exploration, sait aussi devenir plus intense lors des affrontements importants sans jamais tomber dans la surenchère hollywoodienne permanente.

On peut toutefois regretter une durée de vie relativement courte si on aborde le jeu dans sa verticalité car malgré ses grandes qualités, il reste assez peu étendu. Pragmata mise en effet sur son horizontalité très riche puisque le joueur a envie de revisiter les étapes déjà franchies : il faut saluer ici Capcom qui a su trouver un parfait équilibre entre action, hacking, réflexion et chasse au trésors. Et à la fin du jeu, Pragmata vous réserve encore son lot de surprises en extra.

Au final, Pragmata est un bijou fascinant porté par son système de hacking en temps réel et sa relation touchante entre ses personnages. Il parvient à se démarquer malgré un rythme atypique et une structure convaincante. II est de plus en plus rare de découvrir de nouvelles idées de jeu : Pragmata a trouvé l’audace de le proposer. Là où beaucoup de productions AAA cherchent avant tout à rassurer le joueur avec des mécaniques ultra balisées, Pragmata ose ralentir le rythme, demander de réfléchir et imposer une identité singulière. Un pari risqué, parfois déroutant, mais largement récompensé par une expérience mémorable qui pourrait bien devenir un titre culte pour de nombreux joueurs.

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