Mega Man Star Force Legacy Collection

2026 marque le 20e anniversaire de la série Mega Man Star Force. Pour l’occasion, Capcom rassemble l’intégralité des épisodes de la franchise en une compilation. Après les deux Mega Man Legacy Collection, la Mega Man Zero/ZX Legacy Collection et la Mega Man Battle Network Legacy Collection de 2023, la firme d’Osaka continue de porter son catalogue sur les plateformes modernes. Avec cette nouvelle compilation, ce ne sont pas moins de 41 jeux Mega Man au total qui rejoignent les consoles actuelles.
Mega Man Star Force est né en 2006 au Japon, 2007 en Europe, sur Nintendo DS. La série a été développée sous la direction de Masahiro Yasuma, avec Takeshi Horinouchi à la production, et composée par Yoshino Aoki et Mitsuhiko Takano. Elle est le successeur spirituel de Mega Man Battle Network, dont les 6 épisodes sur Game Boy Advance avaient posé les bases d’un gameplay hybride mêlant action en temps réel et mécaniques de cartes. Capcom a voulu repartir sur une nouvelle base avec Star Force en tirant parti des deux écrans de la DS et de son potentiel multijoueur local sans fil. La série a également engendré une série animée.
Parmi les 7 jeux inclus, Mega Man Star Force 3 : Black Ace et Red Joker ne sont jamais sortis en Europe dans leurs versions d’origine et donc leur présence dans cette compilation constitue une première pour les joueurs européens. La compilation est disponible sur PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X|S, Nintendo Switch et PC.

Une histoire d’ondes
La série se déroule dans les années 2200, dans un monde où internet est devenu intégralement sans fil. Les échanges numériques transitent exclusivement par ondes électromagnétiques (ondes EM), et l’ensemble de la planète est couvert par seulement 3 satellites en orbite : Pegasus, Leo et Dragon, dont les noms correspondent aux 3 versions du premier épisode.
On incarne Geo Stellar, un adolescent solitaire vivant à Echo Ridge avec sa mère. Depuis la disparition de son père astronaute, Geo s’est coupé du monde, n’allant plus à l’école et passant ses nuits à scruter le ciel. Tout bascule lorsqu’un ami de son père lui remet une paire de lunettes permettant de percevoir les ondes EM. Il entre alors en contact avec Omega-Xis surnommé « Mega », une entité extraterrestre dont le corps est composé d’ondes EM, capable d’interagir avec internet. Ils fusionnent pour devenir Mega Man.

La relation entre Geo et Mega sera l’arc narratif important de la saga. Geo, introverti et encore en deuil de son père, agit souvent à contrecœur. Mega, lui, est impulsif, peu enclin à respecter les règles, et n’hésite pas à manipuler Geo en lui faisant miroiter des informations sur son père pour le pousser à coopérer. Les 2 personnages progressent ensemble tout en s’opposant dans leur façon d’aborder le monde.
On reste sur un scénario assez classique, les personnages secondaires sont plus là pour faire office de cliché connu des mangas mais cela se suffit à lui-même. Mega Man n’est pas une série construite pour ses histoires.

Cartes sur table
Le système de combat de Star Force est un action-RPG en temps réel enrichi d’une mécanique de cartes de combat. Pendant les affrontements, Mega Man se déplace sur une grille de 3 colonnes. Lorsque la jauge personnalisée est pleine, le temps se suspend et une sélection de Cartes de combat apparaît à l’écran : offensives, défensives, ou de renforcement. Une fois les cartes choisies, on reprend le combat en temps réel en positionnant Mega Man pour maximiser leur efficacité.
Cette approche rappelle mécaniquement les jeux de cartes roguelikes actuels — mais on reste dans un registre bien différent. Ici, la réactivité et le positionnement priment. Le système de verrouillage permet à Mega Man de se téléporter à la position idéale pour utiliser une carte de corps-à-corps. Le bouton de bouclier vient compenser la réduction de mobilité, là où Battle Network proposait une grille de 9 cases pour esquiver, Star Force ne laisse qu’une ligne de 3 cases.

Ceux qui ont joué à Mega Man Battle Network Legacy Collection ressentiront une certaine familiarité, mais aussi une différence nette avec le code alphabétique des cartes qui forçait à construire des combinaisons précises et donnait une vraie profondeur stratégique a disparu dans Star Force. Le résultat est plus accessible en entrée de jeu, mais perd une partie de la richesse des builds que Battle Network permettait.
La compilation apporte plusieurs options de qualité de vie concrètes :
- Une sauvegarde automatique fait son apparition dans les originaux DS, oublier de sauvegarder avant un combat difficile pouvait coûter de longues minutes de progression
- Un curseur règle la fréquence des combats aléatoires, précieux pour Star Force 2, dont le taux de rencontres particulièrement élevé plombait le rythme dans la version d’origine
- Des options de difficulté ajustables permettent de calibrer l’expérience selon son niveau avec des options comme infliger plus de dégâts, invincibilité et autres.
- Les Cartes de combat exclusives, autrefois réservées à des événements spéciaux ou des jouets, sont intégrées à la collection
Le point le plus pénalisant reste le système de quêtes secondaires, on ne peut effectuer qu’une seule quête à la fois avec de nombreux allers-retours entre le monde réel et le Wave World. Trouver un PNJ en difficulté sur le réseau, aller le voir dans la vraie vie, résoudre le problème, retourner faire son rapport, recommencer… Le schéma se répète et finit par peser sur le rythme, en particulier dans le 1er épisode.

L’onde de choc du portage
Nous avons affaire à des jeux Nintendo DS portés sur consoles actuelles. La direction artistique repose sur une superposition entre le monde réel et le Wave World.
En combat, la caméra adopte une vue de dos sur des modèles 3D, contre les sprites 2D vus de côté dans Battle Network. Les environnements sont sobres, cohérents avec les standards DS de l’époque. Sur grand écran, les pixels se font naturellement voir, mais plusieurs filtres visuels permettent de lisser l’image selon les préférences.

Le vrai défi du portage était la gestion des 2 écrans de la DS car l’exploration se déroulait sur l’un, les combats sur l’autre. Sur consoles, les 2 zones coexistent à l’écran et le passage de l’une à l’autre s’effectue automatiquement sans interruption visible selon les actions du joueur, et on s’y adapte rapidement. Un mode d’affichage vertical est également disponible pour simuler l’expérience DS, mais c’est moins adapté devant un téléviseur.
Sinon le jeu reste fluide durant les parties sans soucis technique notable, le seul hic est que malheureusement Capcom n’a pas daigné traduire cette version en français et malheureusement nous devons faire avec les textes en anglais.

Branché sur la bonne fréquence
Les 3 épisodes de Star Force ont été composés par Yoshino Aoki et Mitsuhiko Takano. Les bandes-son oscillent entre sonorités électroniques et mélodies pop, en accord avec l’esthétique futuriste de la série. Les thèmes de combat sont les plus travaillés, avec des compositions rythmées qui accompagnent bien l’action. Les musiques d’exploration sont fonctionnelles, créant une atmosphère sans vraiment s’imposer dans la durée. Les musiques sont disponibles en version Original DS ou arrangées.
La compilation intègre un lecteur musical complet permettant de réécouter l’ensemble des pistes des 7 jeux en dehors du jeu lui-même. Une galerie d’artworks restaurés complète le tout, pour ceux qui souhaitent explorer la production artistique de la série.

Signal reçu, avec quelques interférences
Mega Man Star Force Legacy Collection tient ses promesses en tant que compilation. Les 7 jeux sont là, le portage 2 écrans DS vers un seul écran est bien géré, les options de qualité de vie rendent l’ensemble plus accessible qu’il ne l’était à l’époque, et les joueurs européens profitent pour la première fois de Star Force 3.
Ce qui modère l’enthousiasme, c’est la nature des jeux eux-mêmes, nous avons des titres DS qui montrent leurs limites sur grand écran, avec un gameplay simplifié par rapport à Battle Network ( certains seront ravis d’autres non), des personnages secondaires peu développés, et des allers-retours répétitifs en quêtes secondaires . La série manque aussi d’une cohérence d’un épisode à l’autre, comme si elle cherchait encore son identité et surtout pas de traduction française au minimum pour les textes.




