DQ Heroes : Torneko’s Mystery Dungeon

70
0
Share:
Graphisme7.6
Animation7.3
Gameplay8
Bande-Son8.5
Intérêt8
7.9

Square Enix remet au goût du jour une pièce fondatrice de l’histoire du jeu de rôle japonais en publiant Dragon Quest Heroes: Torneko’s Mystery Dungeon Classic HD. À l’origine développé par Chunsoft et sorti en 1993 sur Super Famicom, le titre débarque pour la première fois de manière officielle en Europe sur nos systèmes. Cette ressortie permet enfin de poser les mains sur l’ancêtre direct de toute la lignée des Mystery Dungeon, formule qui a plus tard fait les beaux jours des séries Shiren the Wanderer et Pokémon Donjon Mystère.

L’initiative de conservation patrimoniale est appréciable, mais Square Enix a fait le choix du service minimum pour l’accessibilité linguistique. Le jeu ne propose que l’anglais et le japonais. L’absence totale de traduction française pourra freiner une partie du public francophone, même si le texte reste fonctionnel et direct.

Un inventaire sans grands discours

L’intrigue prend place chronologiquement après les événements de Dragon Quest IV. Nous n’incarnons pas un guerrier d’élite ni un élu de légende, mais Torneko Taloon, le marchand d’armes itinérant. Poussé par son ambition commerciale et son désir d’offrir une vie prospère à sa famille, notre commerçant s’installe dans un nouveau village et part explorer un mystérieux dédale souterrain dans l’espoir de dénicher des trésors rares et des artefacts légendaires pour approvisionner sa boutique.

L’histoire brille par sa simplicité et s’intègre bien au ton traditionnel de la franchise d’Enix (à l’époque Square Enix n’existait pas encore). Les interactions avec la femme de Torneko, Nina, ainsi que les villageois, apportent une touche de convivialité bienvenue entre deux expéditions périlleuses. Les dialogues restent courts et l’ensemble de la narration s’efface très vite au profit des mécaniques de descente dans les donjons.

Le pas de clerc dans le donjon

Le principe repose sur une grille invisible et un déplacement case par case, au tour par tour. Chaque action de Torneko correspond à un tour d’action pour les monstres : faire un pas, utiliser une herbe curative, frapper avec une épée ou lancer une flèche fait réagir simultanément l’ensemble des créatures présentes dans la pièce ou le couloir. Les étages sont générés de manière procédurale, ce qui signifie que l’agencement des salles, les pièges cachés et l’emplacement des coffres changent à chaque nouvel essai.

LIRE AUSSI :  Alerte rouge dans le jeu vidéo français

Chaque expédition démarre au niveau un. La gestion de l’inventaire est impitoyable : l’estomac de Torneko se vide au fil des pas, obligeant à consommer du pain sous peine de voir ses points de vie s’égrener jusqu’à la mort. La sanction en cas d’échec reste fidèle à la tradition du genre, avec la perte des objets transportés et un retour brutal à la surface. La progression réelle s’effectue grâce aux bénéfices rapportés au village : l’or et les équipements stockés au coffre permettent d’agrandir progressivement le magasin, augmentant notre capacité d’entreposage pour préparer les futures descentes.

Cette édition Classic HD intègre des options de difficulté réglables, ce qui permet d’adoucir certaines punitions pour les débutants, une addition bienvenue face à la rigueur originale. Néanmoins, l’aspect aléatoire propre aux débuts du genre peut parfois générer des situations injustes, comme apparaître dans une salle close encerclé par des ennemis coriaces sans objet d’évasion sous la main et là c’est le drame.

 Du pixel qui tourne rond

Le jeu conserve l’esthétique bidimensionnelle emblématique de l’ère 16 bits, enrichie par un traitement d’image haute définition propre et net sur les téléviseurs modernes. Les illustrations des monstres créées par Akira Toriyama conservent tout leur charme d’époque, des Gluants aux Fantômes en passant par les Golems. L’interface a été retravaillée pour s’adapter aux écrans larges sans déformer le ratio de l’image de base, avec un affichage clair des statistiques, de la faim et de la mini carte en surimpression ( et chacun le sait, certains ne sont pas de mauvais gluant!!).

LIRE AUSSI :  EA Met fin à Need for Speed et Burnout

Sur Xbox Series X, le titre tourne à soixante images par seconde sans la moindre baisse de fluidité, en résolution 4K Ultra HD, le contraire aurait été très étonnant. On note cependant que les développeurs n’ont pas cherché à recréer des animations modernes ou des décors en relief : l’approche reste résolument conservatrice. Cela plaira aux amateurs de pixel art soigné, mais ceux qui espéraient une refonte graphique intégrale de type HD-2D ne trouveront pas satisfaction sur ce coup.

Les cuivres de Sugiyama au rendez-vous

La partition musicale reprend les compositions de Koichi Sugiyama, réorchestrées pour l’occasion avec une netteté sonore bien supérieure aux puces audio de 1993. On retrouve les thèmes familiers de la saga Dragon Quest, avec des mélodies entraînantes lors des phases au village et des morceaux plus feutrés, voire oppressants, lorsque l’on s’enfonce dans les étages inférieurs des donjons.

Les effets sonores reprennent également le catalogue classique : le bruit caractéristique des pas sur les dalles de pierre, le son d’un coup critique ou le tintement métallique lors de l’ouverture d’un coffre ou d’une montée de niveau.

Une affaire  pour explorateurs avertis

Dragon Quest Heroes : Torneko’s Mystery Dungeon Classic HD comble un vide historique dans nos contrées en rendant accessible le titre fondateur de la branche Donjon Mystère. Avec son principe de jeu au tour par tour précis, sa gestion d’inventaire rigoureuse et son charme rétro intact, il offre une plongée authentique dans les prémices du jeu de rôle d’exploration japonais.

On déplore néanmoins l’absence de localisation en français qui restreint son accessibilité, ainsi qu’un habillage visuel très sage qui mise uniquement sur la fidélité au matériau d’origine et une activité procédurale qui peut être punitive. C’est une expérience solide et exigeante, recommandée avant tout aux passionnés de la franchise Dragon Quest et aux curieux désireux de comprendre d’où vient toute une tradition du jeu vidéo nippon.

Share:

Leave a reply

Lire Aussi