Diablo IV : Collection Age of Hatred

Blizzard Entertainment nous propose Diablo IV ENFIN sur la console hybride de Nintendo. Après avoir fait couler le sang sur PC, Xbox et PS5, nous allons voir si la Switch 2 possède assez de force pour rejoindre la lutte contre les forces des enfers et sauver Sanctuaire.
Le Diable s’habille en Lilith
L’intrigue originelle nous immerge dans les terres désolées de Sanctuaire, un univers déchiré par la guerre idéologique et sanglante entre la démone Lilith et l’archange renégat Inarius. Au milieu de ce conflit éternel, notre avatar doit tracer son chemin à travers des choix moraux ambigus et des alliances fragiles au sein d’une population rongée jusqu’à la moelle par le désespoir et la corruption.
Avec Vessel of Hatred, la narration déplace ses pions vers la région étouffante de Nahantu. On y traque Neyrelle, notre alliée du jeu de base, qui tente désespérément de contenir la pierre d’âme renfermant l’essence de Mephisto. Le dépaysement fonctionne grâce à une ambiance tribale et poisseuse qui tranche nettement avec les steppes glacées ou les marais putrides du premier acte.

La seconde extension, Lord of Hatred, embraye immédiatement sur ces fondations en ouvrant l’accès au Royaume de la Haine, une dimension cauchemardesque où Mephisto cherche à reprendre sa forme originelle. Le récit prend surtout de l’ampleur en débloquant une nouvelle zone majeure, à savoir les îles Skovos situées au sud des Mers Jumelles. Ce berceau historique de l’humanité et terre ancestrale des Amazones, la société matriarcale des Ascari, apporte une vraie consistance mythologique à la traque du Démon primordial.
L’écriture globale accuse quelques longueurs et des passages de remplissage évidents qui freinent la dynamique de progression. Cependant, les habitués de la licence le savent pertinemment, la campagne scénarisée fait surtout office de tutoriel géant. Le véritable sel du titre débute une fois les crédits passés, quand il s’agit d’enfoncer les paliers de Tourment, de repousser les limites de son personnage et de défier les donjons les plus impitoyables.

Le butin et la manière
Le gameplay repose sur la formule pure et dure du hack’n slash, à savoir nettoyer des packs entiers de mobs, empiler du loot, optimiser son arbre de compétences et recommencer dans les paliers de difficulté supérieurs. À la base, le jeu propose un roster de 5 classes avec le Barbare, le Sorcier, le Voleur, le Nécromancien et le Druide. L’extension Vessel of Hatred apporte du sang neuf avec le Sacresprit, un DPS ultra mobile venu de Nahantu qui canalise 4 esprits tutélaires que sont le Jaguar, le Gorille, l’Aigle et le Mille pattes. La seconde extension, Lord of Hatred, enfonce le clou en réintégrant enfin le Paladin et en inaugurant le Démoniste, ce qui porte l’ensemble à 8 classes jouables avec des styles radicalement différents.

Côté mécaniques, l’arrivée des mots runiques relance le theorycraft et pousse l’optimisation des builds un cran plus loin. En sertissant une rune de condition et une rune d’effet dans les sockets libres du stuff, on déclenche des compétences empruntées à d’autres archétypes, ce qui permet par exemple à un Barbare de proc des sorts de givre en plein tourbillon. Le retour du cube horadrique réjouira les puristes pour tout ce qui touche à la transmutation et au recyclage d items rares. Manette en main, la prise en main est directe et le feeling d’impact est au rendez-vous, que ce soit aux commandes intégrées de la console ou avec une manette pro une fois dockée.

La progression montre toutefois des limites bien identifiables dès que l’on atteint le niveau 60 et que débute le véritable endgame. Le système de Parangon prend la relève pour booster les stats sur les différents plateaux, mais la boucle de gameplay impose alors un farm intensif et répétitif entre les Vagues infernales, les Bas-fonds de Kurast et la Citadelle sombre. Même si les rotations de saisons apportent des modificateurs pour relancer l’intérêt, le principal point noir reste la soumission totale au facteur RNG. Ramasser du loot par tonnes ne pose aucun souci, mais tomber sur le bon item avec les affixes idéaux et les bons rolls relève parfois du miracle.
Le système de trempe pousse cette frustration à son paroxysme. L’ajout de stats ciblées sur une pièce d’équipement est limité par un compteur de rerolls strict. Enchaîner les mauvais jets revient tout simplement à bricker une pièce convoitée après des heures de farm intensif. Une mécanique d’usure bien connue des habitués du genre, mais qui crispe énormément lorsque la chance refuse de tourner en fin de parcours.

L’Enfer de poche
Pour juger ce portage sans détour, la comparaison avec les versions concurrentes s’impose. Habitué à arpenter Sanctuaire sur PC en 4K à 60 images par seconde, le passage sur la machine hybride de Nintendo demande un temps d’adaptation. Blizzard a dû tailler dans le vif du moteur graphique pour faire tourner ce vaste monde ouvert sans saturer la machine.
Sur grand écran, le titre cible une définition en 1080p épaulée par le DLSS. Dès que l’action s’emballe sous les effets de sorts et les explosions d affixes de monstres d’élite, la résolution interne fléchit pour préserver le rythme. Côté cadence, la mise à jour système 23.0.0 de la console change la donne grâce à la prise en charge du VRR via la sortie HDMI 2.1. Sur un téléviseur compatible, le jeu débloque un palier ciblant les 40 images par seconde. Ce compromis apporte un gain de réactivité appréciable par rapport au verrouillage strict à 30 images par seconde des écrans standards.

En revanche, pas de miracle en monde ouvert : lors des apparitions de boss mondial réunissant 12 joueurs lâchant leurs compétences ultimes en boucle, le moteur peine et la fluidité chute autour des 25 images par seconde. Sur un personnage nerveux comme le Voleur ou le Sacresprit, cette latence accrue se ressent directement sur les esquives au quart de seconde.
En configuration nomade, le résultat visuel est nettement plus flatteur. La résolution oscille autour du 720p à 30 images par seconde, mais la densité de l’écran masque habilement le déficit de pixels. Les textes, icônes de compétences et statistiques de butin restent parfaitement lisibles. En y regardant de plus près, les concessions sautent aux yeux : textures d’armures au rabais, feuillages simplifiés, ombres portées réduites à des aplats diffus et reflets complexes absents. La direction artistique brute sauve l’ensemble et maintient l’ambiance glauque, mais sur un grand écran classique sans VRR, le rendu paraît terne face aux consoles de salon concurrentes.

Reste le talon d’Achille de cette édition : l’obligation d’être connecté en permanence aux serveurs. Pour une console hybride, se faire expulser vers l’écran titre au moindre décrochage de réseau 4G ou 5G dans les transports rappelle vite les limites de ce modèle connecté, d’autant que la mise en veille console coupe immédiatement la partie en cours. Ajoutez à cela des temps de chargement d’environ 10 à 15 secondes lors des voyages rapides, et vous obtenez une mouture qui demande une certaine patience.
Des chœurs à l’ouvrage
L’environnement sonore participe à l’atmosphère poisseuse. Les pistes musicales mélangent instruments à cordes dissonants et percussions, soulignant l’action sans la saturer. La version française donne du corps aux protagonistes principaux et assume la noirceur du propos sans censure.

Les bruitages d’impact restent lisibles au milieu des combats. Le fracas des attaques de mêlée ou la résonance des magies procurent un bon retour auditif pour le joueur. Sur les enceintes de la console en mode portable, le mixage manque de basses. L’utilisation d’un casque audio est recommandée.
Jugement dernier
Cette collection Age of Hatred livre un portage solide qui réussit le pari d’embarquer le jeu de base et ses deux extensions majeures, Vessel of Hatred et Lord of Hatred. L’ensemble met à disposition 8 classes variées et un volume de jeu colossal, tout en conservant une prise en main très propre à la manette.
La console encaisse le choc technique au prix de sacrifices visibles sur la définition et les textures. L’apport du VRR à 40 images par seconde en docké via la mise à jour 23.0.0 offre un confort bienvenu sur les téléviseurs récents, même si les 30 images par seconde nomade et les chutes face aux boss mondiaux rappellent la supériorité technique d’un PC ou d’une console concurrente. Enfin, l’exigence d’une connexion internet permanente entrave clairement l’usage en déplacement sans point d’accès stable.
Pour les vétérans déjà équipés sur une plateforme de salon, l’intérêt réside quasi uniquement dans l’appoint nomade et la progression croisée. Pour les possesseurs exclusifs de la machine de Nintendo, la copie s’avère tout à fait convaincante à condition de composer avec les aléas du réseau et les concessions graphiques inhérentes au support.




